La Braconne Film Critique Essay

Publiée le 02/04/2014

Malgré la présence de l'immense Patrick Chesnais en tête d'affiche, on se doute que la Braconne aura du mal à se faire une place dans la jungle des sorties quotidiennes, surtout en une semaine du 2 avril où les mastodontes seront légions (Johnny Halyday, Jean Reno, Keanu Reeves). Et cela est dommage, tant « La Braconne » est joli film, modeste dans sa forme et dans son propos, mais avec un joli regard loin des clichés sur ses deux personnages principaux. La Braconne », c'est l' histoire de deux voyous à la petite semaine, un jeune beur des cités pas vraiment bien rôdé aux régles de la débauche, et un vieux briscard des arnaques un peu blasé mais qui connait parfaitement les ficelles du métier. Si le film est le récit de leur rencontre et leur difficile cohabitation, entre arnaque et plan galères, Samuel Rondière évite les pièces du buddy movie classique comme on a en a vu des dizaines ( des centaines même) de fois... Il s'agit plus ici d'un passage de relais entre ce vieux braqueur fatigué, poursuivi par des mafieux pas bien sympas au sujet d'une dette difficile à rembourser, et ce jeune délinquant un peu trop immature, qui va apprendre à se canaliser, que d'un vrai récit iniatique, et le film procède par petites touches impressionnistes, de petits fragments en apparence anodines mais qui, au bout du compte reste en mémoire du spectateur . Mais La Braconne est également et peut-être avant toute autre chose un joli film d'ambiance, puisque l'intrigue se situe dans un décor très typé, une ZAC de la banlieue tourangelle, des lieux à la fois urbains et même temps comme vidés de toute substance et présence humaine. Nos deux (anti) héros sont très souvent dans leurs bagnoles, à tel point qu'on à l'impression que Danny, le vieux de la vieille, y passe ses jours et même ses nuits. Danny, donc c'est l'immense Patrick Chesnais qui le joue, et aussi incroyable que cela puisse paraitre, c'est une des toutes premières fois, à 65 ans passés et plus de 40 ans de carrière, qu'il joue un malfrat, lui permettant d'aborder un pan de son jeu qu'il n'avait encore jamais exploré, même s'il y met toujours autant d'humanité et de tendresse derrière son ton fatigué et son regard à la Droopy....Et dans le rôle du jeune Driss, le jeune,Rachid Youcef, un danseur de Breakdance pour la première fois à l'écran s'avère assez étonnant et tient formidablement la comparaison avec son aîné. Toute la direction d'acteurs est d'ailleurs étonnament juste- rare pour un premier film-, ce qui montre la grande maitrise de Samuel Rondiere à tous les niveaux... On passera donc les quelques maladresses (et les personnages féminins vraiment trop minces notamment) pour profiter pleinement des petits bonheurs que nous procure cette si savoureuse Braconne..

http://www.baz-art.org/archives/2014/03/23/29476910.html

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Patrick Chesnais imprègne de gravité ce premier film très noir, qui laisse le temps aux images de signifier au-delà des mots

L’argument : Driss, pas vingt ans, vit de petits rackets et d’expédients. Il croise la route de Danny, voleur fatigué, qui arpente les zones commerciales au volant de sa vieille Merco. Sous la houlette de Danny, le jeune Driss, frimeur et naïf, fait ses classes et apprend quelques ficelles. Le monde violent où l’emmène peu à peu le vieux truand va mettre un terme à l’insouciance du jeune homme...

Notre avis : Pour son premier film, Samuel Rondière, qui vient de l’écriture de fictions, arme son film noir d’un voile austère de documentaire. Dans une zone marchande sans trop de vie, étirée en un immense parking de centre commercial qui ne donne guère envie de consommer, un vieux lascar, entamé par la vie, pratique l’arnaque mécanique, de façon froide, parfois violente. Sûrement très violente.
© Rézo Films
Ce vieux truand, c’est Patrick Chesnais, impérial, filmé par un jeune cinéaste qui laisse courir sa caméra au-delà des dialogues, dans l’étirement de plans qui signifient bien plus que les mots que ses protagonistes ne veulent pas laisser échapper. Il trouve en Chesnais un acteur dont le visage fatigué, la mine blasée, inspire des leçons de vie qui viennent se conjuguer à l’existence frauduleuse d’un jeune de cité, lui-aussi à sa manière dans l’escroquerie costaude... Les deux feraient presque la paire, un tandem en devenir. On sent la tentation du vieux de laisser au jeune homme un savoir-faire que la personnalité de ce dernier (le jeune Rachid Youcef, une révélation pugnace) saura exploiter. Les deux partagent des appétences pour des infractions musclées avec des airs désabusés qui les détachent d’une certaine forme de réalité. Ils sont périphériques à la vie, celle des gens qu’ils épient et qu’ils ne rejoignent que pour se livrer à leurs actes de truanderie. Pourtant leurs mésaventures sont comptées et l’on sent le temps s’accélérer autour des desseins de Chesnais, tiraillé par le passé...

© Rézo Films
Les âmes grises peuplent ce décor sans passion. Samuel Rondière pose des images rigoureusement cadrées dans un no man’s land où des marginaux viennent s’égarer. Il n’est pas question d’expliciter un contexte social à force de couches de déterminisme. Ce goût du silence peut parfois être déroutant, dans un genre qui aime souvent se répandre dans l’action et le rebondissement... mais le regard porté par l’auteur n’en demeure pas moins attachant à sa manière. Ce petit milieu de la pègre du bitume quadrillé d’une ZAC impersonnelle, interpelle la curiosité à l’égard d’un jeune auteur qui se cherche un style à contre-courant des psychologies de supérette. Avec La Braconne, au delà des louables intentions, il laisse une impression favorable et passe haut la main l’épreuve du premier long de cinéma.

Frédéric Mignard

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